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Portrait – VINCENT LÉGARÉ

Par DÉLIRE

Chaque fois que vous l’avez croisé au gym, il s’échauffait dans votre projet. Vincent Légaré ne laisse pas sa place au sein de la communauté des grimpeurs de Québec. Copropriétaire de DÉLIRE Escalade, il travaille à repousser plus que ses propres limites sur le mur : il est aussi de ceux qui croient fondamentalement en l’avenir de l’escalade et qui cherchent à amener le sport toujours plus loin. On vous l’a présenté dans une vidéo exclusive à l’occasion du Reel Rock Tour 14 : aujourd’hui, on s’intéresse au grimpeur derrière l’homme d’affaires et on replonge dans une entrevue qu’il nous a accordée l’automne dernier.

«PARLER AVEC PASSION D’UN SUJET,
ÇA CRÉE DE LA MOTIVATION AUTOUR DE SOI.»

 

AVOIR DES PROJETS

Parler de projets avec Vincent, c’est aussi se laisser transporter au bord du fleuve. La carte postale se dessine devant nos yeux : grands espaces, air salin, falaises inspirantes. L’attrait qu’exerce Kamouraska sur les grimpeurs est indescriptible : il suffit de visiter les falaises de l’amphithéâtre dès le mois de mai pour en constater la popularité. Pourtant, ce n’est pas la vue sur les battures qui ramène Vincent à Kamouraska chaque été. C’est plutôt le fait d’y avoir des projets. 

Son prochain projet? Une voie classifiée 5.14, difficulté qui suscite admiration et convoitise, même chez les grimpeurs les plus chevronnés.

Avoir un projet, c’est investir beaucoup de temps sur une seule paroi. Qu’est-ce qui motive quelqu’un à passer autant d’heures, de jours et potentiellement de mois à analyser et grimper toujours la même séquence? Pour Vincent, il ne s’agit pas d’être le premier à réussir la voie. «Ça prend la voie qui sème le doute : est-ce que je peux la faire ou non? Le plus important, c’est trouver une voie que je trouve intéressante, qui présente un bon défi physique et qui est directement sur la ligne de la réalisation. J’en ai trouvé une qui est sur la ligne : je suis pas mal sûr que je peux la faire, mais peut-être que j’ai besoin de m’améliorer pour la réussir. C’est facile, être motivé par un projet comme ça.»

APPRIVOISER L’ÉCHEC

Au quotidien, la pratique de l’escalade a transformé sa manière de voir le monde. «C’est sûr que le lendemain d’être allé grimper en terrain d’aventure, tu relativises un peu les choses dans ta gestion de risques.»

Dans ce type de projet où le combat contre la roche est influencé par un amalgame de facteurs imprévisibles comme la météo, la ligne entre réussite et échec est mince. Or, pour Vincent, l’échec n’existe pas. «Ce que je vois dans l’échec, c’est plus une situation où on voit une occasion de s’améliorer, où on voit quelles sont nos faiblesses et ce qu’on peut améliorer.»

Apprendre de l’échec pour mieux avancer est une leçon qui peut s’échelonner sur toute une vie. Cet apprentissage s’apparente à celui par lequel passent tous les grimpeurs de premier de cordée qui, confrontés à leur première chute, hésitent à lâcher prise. Après toutes ces années à grimper, Vincent Légaré a probablement chuté quelques milliers de fois. Pourtant, la peur de la chute reste un enjeu qu’il reconnaît dans sa pratique. 

«ON A TOUT LE TEMPS PEUR DE TOMBER, MAIS IL FAUT APPRENDRE À VIVRE AVEC ET À RATIONALISER. ÇA FAIT PARTIE DU SPORT DE TOMBER : C’EST QUAND MÊME UN SPORT D’ÉCHEC, L’ESCALADE.»

 

 

Savoir reconnaître sa peur, l’apprivoiser et apprendre à la contrôler serait-elle l’habileté qui distingue les grimpeurs entre eux dans leur aptitude à repousser leurs limites? Au-delà de cela, comment savoir où tracer la ligne entre risque et ambition? Faut-il réussir à tout prix?

S’il est vrai qu’un projet inspirant suscite une motivation digne de s’y consacrer, là où on s’accomplit réellement, ce n’est pas dans l’atteinte de l’objectif en soi. C’est plutôt dans le processus qui permet de s’y rendre et dans le temps qu’on y investit. «La fin, c’est souvent un peu futile : sender une voie, ça donne rien à personne, mais le processus pour la sender t’améliore personnellement, te permet de te concentrer et d’améliorer ton physique. C’est la même chose avec un gym : faire un gym, c’est un bel objectif, mais ce qui est intéressant, c’est rassembler les bonnes personnes et réussir à faire un projet avec toute une équipe. C’est aussi de motiver des gens à travers ce projet-là.»

 

LE PROJET COMMUN

«DÉVELOPPER LE SPORT, C’EST PAS UN OBJECTIF PERSONNEL,
C’EST UN OBJECTIF DE COMMUNAUTÉ.»

 

L’escalade a longtemps été perçue comme un sport extrême. Depuis quelques années, on assiste à une démocratisation marquée du sport, notamment grâce aux réseaux sociaux. Des grimpeuses et grimpeurs de calibre mondial comme Lynn Hill, Ashima Shiraishi, Alex Honnold, Tommy Caldwell ou Adam Ondra sont mis de l’avant et leurs exploits attisent la curiosité de millions de néophytes. Avec l’entrée de l’escalade aux Jeux olympiques l’été prochain, on peut prédire une explosion de l’engouement envers le sport.

Heureusement, si les accomplissements de certains téméraires en inquiètent plus d’un, la réalité du grimpeur moyen est beaucoup plus rassurante. «Il y a clairement une façon extrême de pratiquer l’escalade, mais les nouvelles infrastructures nous permettent maintenant de pratiquer le sport en toute sécurité. C’est un des éléments de la démarginalisation de l’escalade, le fait de pouvoir la pratiquer dans un environnement sécuritaire.»

 

 

La vision de Vincent Légaré s’inscrit dans un projet qui transcende ses motivations personnelles. Au-delà de grimper une 5.14 ou construire une nouvelle salle d’escalade de voie, il s’agit de rassembler la communauté autour d’un projet commun : celui de développer l’escalade. «Je pense que j’aimerais ça, fondamentalement, qu’on essaie toute la gang de continuer à développer le sport. Si on essaie de développer l’escalade, je pense qu’on va tous en retirer un bénéfice.» 

La communauté accueille des gens de tout âge et tous horizons : le moment n’a jamais été aussi bien choisi pour s’y joindre. Tandis que le printemps frappe à nos portes, l’appel de la roche et des nouveaux projets se fait entendre de plus en plus fort. Quand on demande à Vincent ce qu’il dirait à ceux qui n’ont pas encore de projet en tête, il répond en souriant :

«Viens me voir, moi j’en ai des projets pour toi».