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Aventures aux Bugaboos : Mode d’emploi

Récit

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Zoé nous raconte son aventure aux Bugaboos, et tout ce que vous devez savoir avant d'y aller.

📷:Sean Renwick
📷:Sean Renwick

Bugaboo noun 1. An imaginary object of fear.

J’ai longtemps rêvé d’aller visiter les Bugaboos. J’en ai entendu d’incroyables histoires et vu des photos à couper le souffle, mais j’ai également entendu dire qu’une aventure y serait difficile, tant physiquement que mentalement. Que l’effort serait monumental et grugerait chaque parcelle de mon énergie.

Quand l’occasion d’y aller s’est présentée, je me suis longuement demandé si j’en étais capable. Mon expérience serait-elle suffisante? Est-ce que j’avais ce qu’il fallait pour relever le défi? En pesant le pour et le contre, j’ai eu envie d’aller repousser mes limites, de voir jusqu’où je serais capable d’aller. Après tout, si je ne tentais pas ma chance, je ne le saurais jamais.

C’est ainsi qu’environ deux semaines plus tard, je me suis retrouvée tout au bout des 50 km de la route de gravelle cahoteuse qui mène au Bugaboo Provincial Park en compagnie de mon partenaire Shaun, à contempler le début du sentier de 6 kilomètres qui nous mènerait au Applebee Dome Campground. Le défi de gravir les 1000 mètres d’élévation qui nous séparaient du campement n’en serait pas un petit!

Jour 1

Sean et moi avions pour objectif de partir 10 jours. Cela impliquait le transport d’une quantité considérable de nourriture qui, combinée à notre matériel d’escalade, rendait l’ascension jusqu’au camp de base presque impossible. Nous avons donc décidé de laisser l’équipement de grimpe au stationnement et de revenir le chercher plus tard.

Nos sacs à dos étant très lourds (entre 70 et 80 lbs), les bâtons de marche fournissaient un appui supplémentaire essentiel. Il nous aura fallu environ 4 heures et demie pour rejoindre le camp de base. Installation de la tente, puis souper déshydraté – nous sommes crevés! Nous décidons alors de nous lever tôt le lendemain, de descendre en avant-midi chercher le matériel resté au stationnement et de remonter avec l’espoir de grimper en après-midi.

Jour 2 

La descente s’est faite assez rapidement étant donné le peu de poids que nous transportions et la deuxième montée s’est effectuée en un peu moins de trois heures. La marche allégée a fait une énorme différence, mais nos jambes étaient tout de même fatiguées. Le reste de la journée a donc servi à la planification du lendemain.

Jour 3 West Ridge of Pigeon Spire – 5.4 (3124 m)

Cette voie est une bonne introduction aux Bugs, puisqu’elle ne nécessite pas beaucoup de technique. Il s’agit principalement d’un scramble, c’est-à-dire une ascension à mi-chemin entre l’escalade et la randonnée, avec quelques mouvements en 5.4. Cette voie offre également un bon visuel sur les autres voies : il est possible d’observer les différentes approches ainsi que les conditions des glaciers et des crevasses qui se trouvent autour. Grimper en simultané y est recommandé : c’est donc ce que nous avons fait.

Pendant la montée du col, j’étais personnellement très craintive : juste à l’idée que j’allais devoir le monter au moins une fois, je me sentais intimidée et effrayée. Malgré ma peur, je savais qu’il me faudrait rester concentrée. Une fois arrivée en haut du col, j’ai regardé dernière moi et ai pris toute la mesure de ce que je venais d’accomplir. C’était une petite victoire satisfaisante et surtout une grande fierté!

Pour la descente, nous sommes restés encordés en faisant usage de body belay lors des passages plus précaires avant de finir la dernière partie en rappel sur une station aménagée. Selon les conditions météorologiques, il est possible de faire plusieurs rappels pour se rendre au bas du col, mais un seul rappel permet de rejoindre une zone sécuritaire – passé le bergschrund¹ – et de descendre la dernière partie en zigzaguant jusqu’en bas.

Camp to camp, le trajet nous a pris 10 heures, dont 4 heures pour la grimpe en elle-même. Grosse journée!

Jour 4 Ears Between – 5.7 (2843m)

Le plan initial était de grimper McTech Arete (5.10a) ou Paddle Flake (5.10b), mais nous avons réalisé lors de l’approche que des équipes s’y trouvaient déjà. Lors d’ascensions alpines, il est préférable de ne pas grimper sous d’autres cordées étant donné le risque de chute de roches plus élevé. Nous avons donc réévalué nos options : Ears Between fut l’heureux gagnant. Malgré le changement de direction du matin et la petite difficulté à rejoindre le bas de la paroi, le plaisir était au rendez-vous et le sommet tout aussi majestueux. Nous sommes revenus à notre tente 10 heures plus tard.

Jour 5 Kain Route/South Ridge du Bugaboo Spire – 5.6 (3176 m)

Journée de 15 h : la plus longue du voyage. Pour se rendre au pied de la voie, il nous fallait encore une fois monter le col Bugaboo-Snowpatch, mais cette fois, je savais à quoi m’attendre. Avec le temps chaud des derniers jours, les conditions du col changeaient : on pouvait voir la quantité de neige diminuer tout en haut et les chutes de roches étaient plus fréquentes. Parce que nous étions conscients du danger, notre niveau d’alerte et de prise de décision était différent.

La voie en tant que telle est principalement un scramble qui débouche sur une cheminée où l’utilisation de coinceurs est recommandée. Deux longueurs de plus nous mènent au gendarme, une structure rocheuse visible à partir du camp de base. C’est là que la business commence : un crux en 5.6 environ, avec une exposition assez intimidante – selon moi – pour celui ou celle qui lead les deux longueurs du gendarme. Ensuite, il ne reste plus que deux longueurs pour atteindre le sommet. Du haut, la vue en était une des plus belles de toute ma vie! Nous nous trouvions au point le plus haut du parc, ce qui nous permettait de voir les montagnes tout autour. C’était assez impressionnant!

Atteindre le sommet vient cependant avec un certain niveau d’adrénaline et de joie qui peut nous jouer des tours en retombant. Il faut toujours garder en tête que nous sommes seulement à mi-chemin de la grimpe. C’est souvent lors de la descente que les accidents surviennent : mieux vaut prendre son temps qu’aller trop vite et commettre une erreur. La double vérification est impérative.

Personnellement, la fatigue et le manque d’énergie m’ont envahie lors de la descente et j’avais de la difficulté à me concentrer. J’ai donc pris le temps de faire les choses une étape à la fois et nous sommes rentrés juste à temps, avant le coucher du soleil. Ce soir-là, j’ai mangé trois soupers et j’avais encore faim. Disons que j’ai bien dormi! Heureusement que le lendemain était une journée de repos.

 

Jour 6

Repos. Enfin. Je crois que j’ai passé la journée à recharger mes batteries en nourriture, en eau et en sommeil. Mon corps en avait besoin! Les journées sont longues et épuisantes, cela demande beaucoup et c’est parfois seulement au moment d’arrêter que nous le réalisons.

Jour 7

Départ prématuré. Nous avions prévu nous lever tôt et aller grimper une voie sur le Snowpatch Spire, mais plusieurs imprévus ont fait en sorte que nous sommes restés couchés. À notre réveil, il y avait de gros nuages gris à l’horizon. Nous avons donc décidé qu’il était temps de partir. Il fallait bien se garder quelques sommets pour la prochaine fois!

Le sac à dos était plus léger, mais la descente était tout de même très exigeante. J’ai eu les genoux et les cuisses courbaturés pour plusieurs semaines, mais tous les efforts et la souffrance en ont valu la peine. C’était de loin une des plus belles expériences que j’ai eu la chance de vivre…

Expérience qui s’est conclue par le plus gros burger qu’on a pu trouver une fois de retour à la civilisation!

Préparer son expédition aux Bugaboos

Puisque les Bugaboos sont en fait un parc provincial de la Colombie-Britannique, certaines règles s’appliquent, dont le principe de Sans trace. Les petits animaux à quatre pattes étant très agiles, il est important de laisser tout ce qui est nourriture ou vêtements odorants dans les Bear box et d’accrocher son sac aux endroits désignés. Les chiens et autres animaux domestiques sont interdits, notamment en raison de la présence de la faune locale.

Le camping principal est le Applebee Dome. Celui-ci se trouve à 1 km de la Conrad Kain Hut, un hébergement rustique où peuvent dormir 35 personnes à la fois. Si la météo est défavorable, un autre campement est aussi disponible à plus basse altitude. En saison, un ranger est présent tous les soirs pour ceux qui restent plus longtemps, qui ont des questions ou qui ont tout simplement envie de parler.

Minimiser les facteurs de risque

Savoir reconnaître et réagir aux dangers inhérents à la montagne peut rapidement devenir une question de survie.

  • Connaissances : Neige, avalanches, crevasses et bergschrunds. Pour les naviguer en toute sécurité, une bonne préparation préalable est incontournable. Se renseigner des dangers, s’informer des caractéristiques du terrain, regarder des vidéos techniques et suivre une formation spécialisée sont des étapes à ne pas négliger. Personnellement, j’aurais aimé m’être mieux renseignée sur plusieurs sujets avant mon aventure dans les Bugs.
  • Partenaire de grimpe. Lors d’une expédition alpine, il est important de savoir tracer la ligne entre la limite de nos compétences et le niveau de risques que l’on est prêt à accepter. Le choix du bon partenaire est crucial, puisqu’il pourrait faire la différence entre l’expédition d’une vie et celle que l’on préférerait oublier. Le « bon » partenaire d’aventure est celui qui nous vient en tête à la vue du nouvel équipement tendance de l’année, celui qui saura nous pousser vers l’atteinte de nos objectifs et nous accompagner au fil des différentes étapes, mais surtout celui qui respectera nos limites personnelles face à la prise de risques.
  • Réception cellulaire. Nulle. Il n’y a aucun service cellulaire, même au sommet du Bugaboo Spire. Pour une question de sécurité, je recommande l’utilisation d’un téléphone satellite ou d’un InReach Mini de Garmin. Ce dernier possède une fonction SOS et permet d’envoyer des messages ainsi que d’en recevoir.
  • Météo. Les conditions météorologiques peuvent changer du tout au tout en un clin d’œil : un ciel limpide peut rapidement tourner et devenir une dangereuse tempête. À l’entrée du campement se trouve un babillard sur lequel sont affichés la météo pour les prochains jours, des demandes de partenaires, des choses à vendre ou encore des petits heads-ups C’est là que seront affichés les avis concernant les conditions du col Bugaboo-Snowpatch ainsi que l’accès alternatif à emprunter en cas de risques trop élevés (il est aussi possible d’opter pour une voie qui ne requiert pas d’approche sur glacier : celles derrière le camp sont tout aussi incroyables et il s’en trouve de tous les niveaux).
  • Chutes de roches: Les chutes de roches étant assez fréquentes, porter un bon casque est indispensable. Même la plus petite roche peut faire de grands dommages. Lors des déplacements, il est essentiel de rester attentif à la répartition de son poids : trois points d’appui sont idéaux. En terrain instable, pour trouver le bon chemin, il faut être attentif à la position des roches les unes sur les autres, à leur angle de déviation, à leur taille ainsi qu’à leurs points d’attache s’il y a lieu. Ces indices peuvent aider à trouver la direction à emprunter sécuritairement pour soi et les autres. S’il y a risque d’éboulement, il est préférable de s’y engager un à la fois et d’attendre que la personne qui nous précède soit dans un endroit sécuritaire avant de lui emboîter le pas. Une communication efficace est essentielle.
  • Traitement de l’eau. Étant donné que l’eau disponible sur place provient des glaciers, il est recommandé de la traiter. Personnellement, je ne l’ai pas fait lorsque j’étais là et je n’ai pas été malade, mais c’est un risque que j’ai décidé de prendre. Il appartient à chacun de décider du niveau de risque qu’il souhaite prendre et de sa méthode de traitement de l’eau préférée.

Quelques incontournables : 

Lors d’aventures alpines, la marche d’approche pour se rendre au campement est souvent longue et ardue. Privilégier un équipement léger et compact est un bel investissement pour le bonheur de ses jambes.

  • Un gros sac à dos (idéalement maximum 65 L) pour transporter tout le matériel de la voiture au camp de base.
  • Un petit sac (environ 20 L) pour transporter les essentiels de la journée. Il devrait comporter une petite boucle à laquelle attacher son piolet.
  • De l’équipement de camping adapté aux conditions. Les nuits peuvent être froides, même l’été. J’ai personnellement utilisé un sac de couchage -5°C à 10°C combiné à une doublure d’appoint.
  • Des vêtements chauds – éviter le coton. Prévoir également quelques vêtements légers : il fait parfois chaud au camp de base et une paire de shorts ou encore une camisole peuvent se révéler pratiques. Toujours miser sur un habillement multicouche! Personnellement, je n’aime pas beaucoup avoir froid, alors je garde toujours une doudoune à portée de main.
  • Des bas chauds.
  • Des lunettes de soleil de type « glacier » : on recherche un verre polarisé ainsi qu’une protection d’entrée des rayons de soleil sur le côté afin de protéger la rétine des reflets du soleil sur les glaciers.
  • Des wag bags. Drôle à dire, mais il y a deux toilettes « cachées » au pied des voies.
  • Bottes, crampons et piolet adaptés à l’expédition choisie. Ils sont indispensables lors d’ascensions alpines : bien se renseigner pour choisir l’équipement approprié est essentiel.
  • Côté nourriture, les plats déshydratés sont à privilégier, puisqu’il suffit d’y ajouter de l’eau bouillante… Et ça s’applique aussi au café!
¹En français « rimaye » : crevasse dans un glacier située à la frontière supérieure entre la glace en mouvement et l’environnement immobile (en général rocher, glace attachée au rocher, ou neige dure). (Wikipedia)

📷:Sean Renwick

 

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